Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Quand l'Etat réprime les alternatives aux antibiotiques dans l'agriculture

Publié le par Kayou

Quand l'Etat réprime les alternatives aux antibiotiques dans l'agriculture

Alors que l'OMS tire la sonnette d'alarme face aux cas de plus en plus nombreux de résistance aux antibiotiques, l'Agence nationale de la protection des populations et l'Agence nationale du médicament vétérinaire, décident de sévir et de réprimer les éleveurs qui tentent de soigner eux même leurs animaux par des méthodes ancestrales à l'efficacité prouvée depuis des lustres, sous couvert de protéger le consommateur. Derrière des décisions insensées, ne protègent-ils pas plutôt l'industrie pharmaceutique et les professionnels médicaux qui détiennent le monopole des prescriptions et sont prêts à tout pour le garder ? Quitte à nous empoisonner aux antibiotiques ?

kayou

"C'est un "rappel réglementaire dont se serait bien passé une éleveuse installée dans la Drôme. Son infraction ? Soigner son troupeau avec de l'homéopathie ou des huiles essentielles. Cette affaire révèle la jungle réglementaire qui freine l'automédication et le soin par les plantes au profit de médicaments homologués. Une situation qui, sous couvert de sécurité sanitaire de la chaîne alimentaire, renforce la mainmise de l'industrie pharmaceutique sur la santé animale. Alors qu'à Genève, l'OMS s'inquiète de la résistance aux antobiotiques qui se généralise sur la planète et appelle à modérer leur usage. Reportage.

Des tubes de granulés homéoathiques, quelques flacons d'huiles éssentielles et des préparations à base de plante. Voici ce qui constitue la pharmacie vétérinaire de Sandrine Lizaga, une éleveuse de 60 brebis en agriculture biologique. Installée près de Bourdeaux, dans la Drôme, Sandrine assure elle même la transformation en fromages et yaourghts, avec l'appui de son mari. Toute la production est écoulée dans un rayon d'une dizaine de kilomètres autour de la ferme. "J'ai une politique d'ultra local ! Et j'essaie d'être le plus autonome possible." Avec ses 52 hectares en zone de montagne - et malgré les "16% de pentes" sur la plupart de ses terres - l'éleveuse espère bientôt atteindre l'autonimie en fourrage.

Dotée d'une sensibilité ancienne pour les "remèdes de grand mère", Sandrine a profité de ses formations agricoles pour suivre quelques stages en aromathérapie - thérapie par les huiles essentielles - et en phytothérapie - soin par les plantes. "Savoir soigner ses animeaux avec des plantes locales, c'est efficace et beaucoup moins cher que de recourir à l'allothérapie (terme qui désigne la médecine classiquement employées dans les pays occidentaux)", explique-t-elle. Les économies réalisées ne sont pas négligeables pour Sandrine qui, malgré ses 70 heures de travail par semaine, gagne environ 800 euros par mois. "Toute la philosophie de l'élevage est différente dans le sens où l'on fait beaucoup de préventif en vue d'éviter les maladies." Cela ne l'empêche pas de recourir de façon ponctuelle aux antibiotiques. "La tendance est à la main lourde avec les antibiotiques, mais quand ils sont utilisés pour soigner les vraies pathologies, je n'ai rien contre. Je ne suis pas ultra radicale non plus !", plaisante-t-elle.

Rappel à l'ordre réglementaire 

Le 06 aout 2013, deux inspectrices de la direction départementale de la protection des populations (DDPP) viennent contrôler la ferme de Sandrine. L'inspection a trait au bien être animal qui conditionne l'attribution des aides de la politique agricole commune (PAC). "Tout se passait bien jusqu'à ce qu'elles me demandent de présenter ma pharmacie pour les animaux, relate Sandrine. A la vue de mes produits, elles se sont litéralement décomposées !" Les deux agents réclament les ordonnances vétérinaires liées à l'utilisation de ces produits. Sandrine rétorque que les huiles essentielles et les granulés homéopathiques sont en vente libre, mais l'argument ne convainc pas.

"Elles m'ont expliqué que je n'avais pas le droit de ramasser des plantes pour faire des décoctions, et que les huiles essentielles étaient dangereuses pour les consommateurs mangeant la viande de mes agneaux et le lait de mes brebis. j'étais tellement abasourdie que je suis restée sans voix." Dans leur compte rendu de visite que s'est procuré Basta !, les agents de la DDPP relève une "anomalie pour non présentation d'au moins une ordonnance". Un mois plus tard, Sandrine reçoit une lettre de la DDPP qui stipule que "l'utilisation de médicaments homéopathiques et d'huiles essentielles hors prescription" sont non conformes à la réglementation. Cela pourrait avoir des conséquences sur le paiement des aides PAC.

Des plantes interdites 

L'éleveuse alerte aussitôt la Confédération paysanne de la Drôme qui prend rendez-vous avec la DDPP en vue d'obtenir des éclaircissements. "Le représentant de la DDPP nous a de suite expliqué qu'il y avait eu une erreur d'interprétation de la réglementation concernant l'utilisation de l'homéopathie", souligne Sébastien Pélurson, éleveur et syndicaliste présent dans la délégation. "En revanche, les agents de l'Etat nous ont informés que selon le réglement UE 230-2013 et une note de l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation) définissant le médicament animal, il fallait désormais une ordonnance d'un vétérinaire pour soigner ses animaux avec des plantes.", précise l'éleveur. L'Union européenne a en effet publié en mars 2013 un réglement imposant le retrait du marché d'environ 600 plantes sous forme de d'extraits végétaux ou d'huiles essentielles. L'avoine, la prêle des champs, l'ortie, le trèfle, l'orge ou la luzerne ne sont plus utilisables par exemple dans les aliments complémentaires buvables pour les animaux.

Comment expliquer cette réglementation ? "Ces extraits végétaux ne font pas l'objet de l'achat d'une homolagation par les entreprises", selon Philippe Labre, docteur vétérinaire. Or, nombre de ces plantes interdites sont alimentaires pour les herbivores et poussent sur les terrains des agriculteurs. "Cela rend leur interdiction techniquement injustifiable, dénonce le vétérinaire. Le problème de cette liste européenne, c'est qu'elle fait l'amalgame entre des plantes non préoccupantes parfaitement connues et quelques plantes toxiques comme la cigüe". "Quand je garde le troupeau, les brebis mangent de la prêle, de la fougèrre, du buis, témoigne Jean-Louis Meurot de la confédération paysanne. Elles se nourrissent et se soignent en même temps. Faut-il détruire les plantes que les bêtes mangent ?

L'Etat s'inquiète d'une "recrudescence" des médecines douces 

L'étau réglementaire s'est aussi resserré en France avec la parution en aout 2013 d'une note de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (ANSES). Il en découle que tout produit à base de plantes doit disposer d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) et d'une prescription par ordonnance pour être utilisé dans un élevage. "Nous sommes dans un contexte où les médecines douces ont bonne presse. Notre démarche consiste à rappeler que ce n'est pas parce que des produits sont à base de plantes qu'ils sont anodins", réagit Jean-Pierre Orand, directeur de l'Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV). 

(...)

Résistance aux antibiotiques : les alertes de l'OMS 

L'agence du médicament vétérinaire se dit notamment préoccupée par les résidus laissés par les produits. "Ces renforcements réglementaires sont exigés pour la sécurité sanitaire du consommateur qui ne sait pas comment ont été produits les aliments qu'il consomme", assure Jean-Pierre Orand. Entourée de ses brebis, Sandrine Lizage ne décolère pas. "Les décoctions de thyms ou de feuilles de noyer, ce n'est pas toxique pour les gens ! Va-t-on considérer demain les soupes d'ortie comme des produits pharmaceutiques ?" Il y a selon elle "deux poids, deux mesures" entre les paysans d'un côté et les laboratoires de l'autre. "Les laboratoires ont obtenu la mention "zéro jour d'attente pour les vermifuges. Ce qui signifie que l'on peut donner du vermifuge à une brebis et vendre son lait le jour même. j'ai pourtant du mal à croire que les vermifuges ne laissent aucun résidu..." 

En écho à la colère de Sandrine le rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la résistance aux antibiotiques, publié le 30 avril, lance une inquiétante alerte : "La résistance aux antibiotiques - lorsque l'évolution des bactéries rend les antibiotiques inéfficaces chez les personnes qui en besoin pour traité une infection - est désormais une grave menace pour la santé publique", avertit l'OMS. "A moins que les nombreux acteurs concernés agissent d'urgence, de manière coordonnée, le monde s'achemine vers une ère postantibiotiques, où des infections courantes et des blessures mineures qui ont été soignées depuis des décennies pourraient à nouveau tuer", a déclaré le docteur Keiji Fukuda, sous directeur général de l'OMS pour la sécurité sanitaire. Pourquoi, dans ce contexte, risquer de réprimer celles et ceux qui, à leur modeste échelle, tentent de modérer le recours aux antibiotiques ?

Dans la Drôme, la chambre d'agriculture a financé des formations avec des vétérinaires utilisant des plantes. "Les soins par les plantes relèvent d'usages ancestraux, c'est une richesse qui nécessite d'êter transmise, souligne Jean Louis Meurot à la Confédération paysanne. Le recours aux médicaments fait par les firmes remonte seulement à l'après-guerre." Mais entre ces éleveurs et l'Agence nationale du médicament vétérinaire, la notion de "pratiques populaires" fait dissenssion. "Qu'est ce qu'on entend par pratiques populaires ?, interroge Jean Pierre Orand. Si ces éleveurs font références à des médecines de décoction comme il y avait au siècle dernier, les choses ont changé. Nous passons désormais par des autorisations administratives." 

Main-mise de l'industrie pharmaceutique 

Or, aucun produit à base de plantes ne dispose aujourd'hui d'une autorisation de mise sur le marché. "Le vivant, multifonctionnel et indépendant ne rentre pas dans ces critères administratifs", observe Philippe Labre. En pratique, les médecines naturelles n'auraient donc pas de place dans la réglementation. L'Agence nationale du médicament vétérinaire admet qu'aucun dossier de demande d'autorisation pour ces plantes n'a été reçu. "Il n'y a pas de retour sur investissement pour l'industriel", tente d'expliquer le directeur de l'agence qui rappelle que le coût d'un dossier pour obtenir l'autorisation pour commercialiser un médicament avoisine les 25 000 euros. Un décret est néanmoins en cours d'examen pour baisser la taxe des médicaments à base de plantes. Un groupe de réflexion sur la phytothérapie vétérinaire a par ailleurs été créé au sein de l'agence.

Le vétérinaire Philippe Labre, lui, n'en démord pas. "Les pouvoirs publics favorisent et renforcent le monopole des médicaments industriels prescrits par les professionnels médicaux." "Obtenir une autorisation demeure hors de portée pour un producteur de plantes, et même pour un petit laboratoire de phytothérapie, confirme Thierry Thévenin du syndicat des Simples, qui regroupe les "producteurs cueuilleurs" de plantes médicinales. jean louis Meurot, fervent partisan de l'automédication, y voit "la défense des intérêts des industries pharmaceutiques et de la corporation des vétérinaires qui défend becs et ongles le monopole de la prescription". 

(...)

L'article au complet (source)http://www.bastamag.net/Soins-des-animaux-par-les-plantes

Commenter cet article